mardi 7 février 2012

Interview de Bernard Fontaine // Graffiti


Peux-tu te présenter et nous expliquer ce qui t’a amené à t’intéressé  au graffiti ? 
Enfant, j’occupais mes trajets en train à noter les noms de graffs que j’arrivais à lire. Je n’avais aucune idée de ce que ces mots pouvaient vouloir dire mais j’avais l’intuition de découvrir une autre langue avec de nouveaux codes. C’est d’ailleurs ainsi que commence le livre que j’ai écrit, fin 2011 : par une énigme, celle des peintures préhistoriques de Lascaux. Elles nous font revivre l’émerveillement que ressent l’enfant face à des images "incompréhensiblement" belles.

Rapidement je me suis mis à taguer, faisant tomber une partie du mystère. Puis à la fin des années 1990, le démon du dessin et des premiers graffs plus aboutis. J’ai la sensation d’arriver trop tard. En contrepartie les livres et les magazines déjà parus sur le graff me passionnent. Des coupures de journaux sur le sujet, glanées çà et là, complètent ma collection d’images pieuses. En 1998 une amie, devenue depuis journaliste, me propose d’écrire sur le graff dans son fanzine et plus tard Omick de Lyon, pour les numéros de Prolapsus. Agres, Earner et Spé créent Antirust, un autre fanzine,  également entre Saône et Rhône. Tous ces proches ont contribué à encourager mon goût pour l’écriture. Comme pour d’autres, le graffiti a été pour moi une véritable école valorisant des compétences variées, avec une dominante arts et lettres !
C’est grâce à lui que je me suis ouvert à des études d’arts plastiques, matière que j’enseigne maintenant. Si mon travail et ma vie ne me permettent plus de peindre comme avant, je trouve un autre plaisir dans l’écriture.

Nous sommes curieux de savoir comment tu as fait pour écrire ce livre ? 
Le grand défi avec Graffiti-Une histoire en images, c’était de sortir d’un cercle confidentiel de lecteurs pour présenter au grand public plusieurs types de graffitis. J’ai choisi une approche chronologique et éclectique en ne me limitant pas aux seuls tags et graffs. Les graffitis intimes, politiques, ceux qui marquent des territoires, sont également présentés distinctement. Le livre n’a évidemment pas la prétention de présenter l’Histoire exhaustive de tous les graffitis, mais propose des graffitis à travers lesquels transparaissent des événements historiques (découverte de Pompéi, colonisation anglaise du quartier de Kowloon, seconde guerre mondiale, les troubles de 1968, ceux d'Irlande du Nord, la chute du mur de Berlin, l'apartheid...). Pour éviter de tomber dans le piège du graffiti comme prétexte à raconter l’Histoire, des choix précis devaient se faire.

La variété des époques et des sujets abordés m’a fait venir à la rencontre d’artistes, de photographes, de galeristes, de collectionneurs, d’auteurs, de journalistes, d’universitaires… Pour la recherche iconographique j’ai été secondé par Véronique Billiotte. L’idée était d’équilibrer le texte et l’image pour ne pas proposer un livre de posters. Pour l’ensemble des textes j’ai visé une concision efficace et documentée. Dans le cas de l’Irlande du Nord et celui sur l’apartheid, deux spécialistes, Alain Miossec et Elisabeth Deliry-Antheaume m’ont prêtés main forte pour présenter le plus clairement possible des situations géopolitiques particulièrement complexes (mais tellement passionnantes). 

Qu’est que tu apprécies le plus dans les arts urbains ? 
Le côté populaire me plaît, autant dans sa réception que chez ses acteurs. Il y a aussi la liberté que se donnent les artistes urbains qui ne censurent pas leurs messages et prennent des risques.
Les démarches sont variées. Beaucoup d’entre elles sont intéressantes. Par exemple dans un tag on peut voir un travail calligraphique, gestuel, répétitif. Dans un autre domaine, la ville devient un espace plastique chez Ernest Pignon-Ernest et chez Alain Arias-Misson, un espace poétique. Slinkachu réalise des micro interventions. Il y a tant à dire sur ces démarches, et bien d’autres artistes sont à citer. 

Et puis il y a ces graffitis qui ont pour seul but de faire passer un message, sans recherche esthétique particulière. Ce sont les inscriptions politiques, humoristiques, pornographiques ou intimes. Ces graffiteurs d’un instant, réalisant un moment magique de leur existence, seront toujours là. Ils sont humblement à l’origine des démarches artistiques de la rue, les parents pauvres du « street art ». C’est d’ailleurs cette généalogie que propose Graffiti-Une histoire en images. Le street art décide ce qui est de l’art ou pas en vendant des pratiques urbaines variées. Historiquement, on mesure vite les limites : il serait absurde de dire que les graffitis de Pompéi sont du street art ! C’est pourquoi seulement deux parties sur onze sont consacrées au street art. En France, parmi les nombreux street artists aux démarches remarquables, il y a Gérard Zlotykamien, VLP, Blek le rat ou encore Zevs.

Un autre projet ?
Un autre livre…

Interview // Tarek




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